17ème dimanche du Temps Ordinaire (Année A)

Dimanche 26 juillet 2026

1R 3,5.7-12 – Ps 118 – Rm 8,28-30 – Mt 13,44-52

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          Déjà la semaine dernière, la parabole du bon grain et de l’ivraie comportait une certaine tension dramatique. Jésus, pour qui voulait bien l’entendre, y était déjà assez clair : « l’ivraie, se sont les fils du Mauvais ; l’ennemi qui l’a semée, c’est le diable ». Mais avouons-le, dans cette longue parabole que l’on connaît par cœur, ce n’est pas vraiment ce que l’on a retenu. Bien des prédicateurs – et j’en fais partie – se sont plutôt concentrés sur la patience de Dieu, sur le soin apporté aux bons grains et sur cette finale pleine d’espérance : « alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père ».

          Cette semaine, c’est quand même beaucoup plus difficile de mettre la poussière sous le tapis. A moins de faire des exercices d’équilibriste invraisemblables, je ne vois pas comment passer à côté de la finale qui est nettement plus incisive : « ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges sortiront pour séparer les méchants du milieu des justes et les jetteront dans la fournaise : là il y aura des pleurs et des grincements de dents ».

          Vous commencez à me connaître, vous savez que le thème de l’enfer n’est pas mon sujet de prédilection et quand je le peux, je préfère parler d’autre chose. Mais en préparant cette homélie, j’ai trouvé que ce serait un peu malhonnête de faire l’autruche. Alors, une fois n’est pas coutume, vous me permettrez de faire moi aussi grincer des dents…

          Car oui, frères et sœurs, que nous le voulions ou non, le Royaume de Dieu présenté ce dimanche n’est pas un monde où gambadent des petits poneys ! Si nous prions chaque jour pour que son « Règne vienne », c’est pour qu’il s’insère dans ce monde dans lequel nous vivons. Un monde où cohabitent le bon grain et l’ivraie ; un monde où les méchants vivent au milieu des justes ; un monde où Dieu est venu habiter pour le sauver, ce qui passe par un engagement de chacun d’entre nous.

          Car vous le savez, Dieu ne va pas nous sauver sans nous ni malgré nous. Il a trop de respect pour notre liberté. Et cela implique que nous collaborions à l’œuvre de notre salut. Il me semble que c’est le cœur de l’Evangile que nous venons d’entendre. Par cette parabole du filet qui ramène toute sorte de poissons, Jésus vient nous secouer pour que nous nous posions enfin ces questions que nous mettons bien souvent sous la pile : qu’est-ce que je fais pour accueillir le Royaume ? Ou, formulé autrement : dans ma vie actuelle, quels sont les obstacles, les murs, les barrières qui m’empêchent d’avancer sur le chemin de la sainteté ?

          De son côté, Dieu a fait tout ce qui était en son pouvoir pour nous ouvrir le Paradis. C’est ce qui est admirablement décrit dans le passage de la lettre aux Romains que nous avons entendu tout à l’heure. TOUS, nous avons été connus par Dieu. TOUS, nous avons été destinés d’avance à être configurés à l’image de Jésus pour ressusciter avec lui. TOUS, nous avons été appelés à la sainteté. TOUS, nous avons été justifiés par sa Passion, sa mort et sa Résurrection pour entrer dans sa gloire. Mais si Dieu ouvre très largement les bras, jamais il ne nous fera entrer de force dans son Royaume. Pour entrer, il faut le vouloir. Pour vivre en sa présence, il faut le connaître et l’aimer, ce qui nécessite un travail de notre part, une collaboration avec lui. Dieu est venu pour nous sauver. Inlassablement, il ne cesse de nous chercher dans les ronces les plus denses pour nous ramener vers son Père en nous portant sur ses épaules. Mais jamais ! Jamais il ne nous obligera d’être embrasés d’amour pour lui.

A mon avis, chers frères et sœurs, comme le représente Dante dans la Divine comédie, l’enfer est froid, glacial même. Et que sa brûlure n’est pas celle d’un brasier ardent. La douleur de l’enfer, c’est précisément d’avoir choisi de vivre l’éternité en ayant loupé sa cible ; c’est refuser ce qui est la fin naturelle de toute existence sauvée par le Christ. Le cœur des damnés est froid, il est pétrifié car sans relation avec la Trinité, embrasement d’amour qui ne demande qu’à se communiquer à ceux qui voudront librement l’accueillir.

Alors chers frères et sœurs, ne soyons pas tétanisés par la peur de l’enfer. Au contraire, je pense que si Jésus ose en parler dans son Evangile, c’est pour nous mettre en route, pour susciter notre liberté de le choisir et de l’aimer vraiment.

Si le Royaume des cieux est comparable à un trésor caché dans un champ, qu’allons-nous faire aujourd’hui et cette semaine pour acheter ce champ ? Et si le Royaume des cieux est comparable à une perle de grand prix, que devons-nous quitter aujourd’hui pour l’acheter et le porter fièrement ?

Prenons quelques instants de silence, au cœur de cette Eucharistie où le Christ livre sa vie, pour se donner tout entier en retour. Si, par notre baptême, nous avons été configurés à son image pour ressusciter avec lui, prenons les moyens de lui ressembler davantage aujourd’hui et chaque jour jusqu’à la fin de notre vie terrestre pour « resplendir comme le soleil dans le royaume de [notre] Père ». Amen.

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