16ème dimanche du Temps Ordinaire (Année A)

Dimanche 19 juillet 2026

Sg 12,13.16-19 – Ps 85 – Rm 8,26-27 – Mt 13,24-43

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          J’espère que vous ne m’en voudrez pas trop, chers frères et soeurs, mais au début de cette homélie, je vais vous donner un petit exercice de vacances ! Je vais demander à chacun de répondre à la question suivante : selon vous, qui est la personne – réelle ou imaginaire – qui représente le mieux la force ?

Silence

          En préparant cette homélie, j’ai fait moi-même cet exercice et plusieurs personnages me sont venus en tête. D’abord, j’ai pensé à Hercule, le héros grec qui brille aussi bien par sa force physique que par son intelligence. Cela m’a amené naturellement à une figure biblique : Samson, le juge d’Israël dont la force incomparable s’est manifestée jusque dans sa mort lorsqu’il entraîna avec lui des centaines d’ennemis. Enfin, j’ai pensé à une figure plus contemporaine : Superman, le justicier altruiste qui passe son temps à porter secours aux habitants de Metropolis.

          Une fois cette petite liste établie, une chose m’a frappée. Je n’ai même pas pensé à mettre Jésus dans cette liste !  Ce qui est complètement fou quand on y pense. Car si l’on juge la force à ses résultats, Jésus est l’homme le plus fort du monde. Il ne s’est pas contenté d’abattre quelques ennemis par son sacrifice : par sa mort et sa résurrection, il a vaincu la mort elle-même. Il n’est pas simplement venu voler au secours des habitants d’une petite ville : il a sauvé l’humanité tout entière en donnant sa vie. Et malgré ça, alors qu’il est sans aucun doute l’homme le plus puissant de l’histoire, il n’apparaît d’emblée comme l’archétype de l’homme fort.

          Eh bien, ce matin, j’aimerais que l’on se demande pourquoi. Pourquoi Jésus est-il si difficile à classer parmi les hommes les plus forts ? Je n’ai pas la prétention de faire le tour de cette question. Je me contenterai d’évoquer deux points pour nourrir votre réflexion.

          Le premier touche à la question du corps, et donc de la force physique qui entre naturellement dans notre définition de la force. En effet, à part quelques sculpteurs qui ont fait de lui un véritable bodybuilder, Jésus apparaît souvent comme un homme au physique tout à fait commun. Contrairement à Samson ou à Hercule, sa force ne se joue pas dans les muscles. C’est même peut-être l’inverse. Dans sa Passion, Jésus apparaît faible. Il est ligoté, fouetté, cloué, transpercé, enseveli. Il tombe trois fois sous le poids de la croix. Il meurt bien avant les larrons au point qu’on n’a pas besoin de lui briser les jambes. Ce qui laisse apparaître que la force de Jésus dépasse la dimension physique. Aucun épisode de l’évangile ne laisse penser qu’il serait une « force de la nature », un homme supérieur aux autres sur le plan corporel. Et cela a nécessairement un impact sur l’image que l’on a de lui.

          Le deuxième élément tient à son attachement viscéral à la douceur et à l’humilité. De ce point de vue, Jésus passe pour un anti-héros. Il ne tombe pas du ciel dans une capsule spatiale, il naît pauvrement dans une étable n’ayant pas de place dans la salle commune. Jésus n’exerce jamais une quelconque pression physique ou morale sur ses interlocuteurs contrairement à Hercule ou Ulysse qui usent de ruses pour arriver à leurs fins. Jésus est droit. Jésus est doux. Jésus est humble. Et c’est peut-être là que se joue sa force : dans sa capacité à attirer les foules par sa parole qui rend libre et qui élève.

          Autrement dit, chers frères et sœurs, sans pour autant transformer radicalement notre définition de la force, la Parole de Dieu vient l’interroger. Et c’est, me semble-t-il, un des éléments communs aux textes bibliques que nous entendons ce dimanche. Tous, d’une manière ou d’une autre, nous parlent de la force de Dieu, non pas pour l’opposer à la force de l’homme, mais pour faire bouger nos lignes, pour évangéliser notre compréhension de ce qu’elle est réellement.

          D’abord le livre de la Sagesse nous prend à rebours en montrant combien la force de Dieu trouve son sommet dans la miséricorde. « Ta force est à l’origine de ta justice, dit le Sage, et ta domination sur toute chose te permet d’épargner toute chose. Tu montres ta force si l’on ne croit pas à la plénitude de ta puissance (…) mais toi qui disposes de la force, tu juges avec indulgence ». On est loin du héros grec de la mythologie, vous ne trouvez pas ? Selon la Sagesse, Dieu est tellement fort qu’il n’a pas besoin de sortir les muscles pour se faire respecter. Au contraire, sa force est présentée comme un instrument de sa justice. Pour reprendre les mots du Sage, Dieu est celui qui « prend soin de toute chose ».

          Il me semble que c’est la même idée que développe saint Paul dans l’épître aux Romains. « Frères, dit-il, l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut ». Cette opposition entre force et faiblesse est récurrente sous la plume de l’Apôtre. On connaît tous ce passage de la deuxième épître aux Corinthiens où Dieu dit à Paul : « ma grâce te suffit car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse ». Révélation à laquelle il répond d’une manière magistrale : « C’est donc très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure. C’est pourquoi j’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ». Autrement dit, la véritable force de l’homme ne consiste pas à bomber le torse face à ses adversaires. Il s’agit plutôt de découvrir que notre force ne trouve son accomplissement qu’en Dieu, et en lui seul.

          Enfin, troisième enseignement de ce dimanche, contrairement à l’homme qui veut tout de suite montrer sa force lorsqu’il est menacé, Jésus nous invite à la patience. Aux serviteurs qui veulent tout de suite séparer l’ivraie du blé, Jésus répond fermement : « non, laissez-les pousser ensemble ». Précisément parce qu’il est tout-puissant, Jésus n’a pas peur de ce qui est semé par le Mauvais. Sa force dépasse toute peur et tout emportement. Il sait discerner comment préserver le bon grain et manifester sa force au moment opportun.

          Voilà, chers frères et sœurs, ce qui est donné à notre méditation aujourd’hui et tout au long de la semaine. La force de Dieu est miséricorde. La force de Dieu porte secours à celui qui reconnaît sa faiblesse. Et enfin, la force de Dieu est patiente, parce qu’elle voit au-delà des apparences. Osons donc reconnaître notre petitesse. Osons entrer dans cette miséricorde. Et œuvrons, par la force de Dieu, à l’avènement de son Royaume. Amen.

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