6ème dimanche du Temps Pascal (Année A)

Dimanche 10 mai 2026

Ac 8,5-8.14-17 – Ps 65 – 1P 3,15-18 – Jn 14,15-21

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          Cela fait plusieurs dimanches, chers frères et sœurs, que l’Eglise nous donne d’entendre par petits bouts la première lettre de saint Pierre. Chacun d’entre nous dira bien pieusement que c’est une lettre très belle, très profonde, pleine d’enseignements … mais si je vous demandais de citer UNE chose que vous en avez retenu, je suis prêt à parier que beaucoup se cacheraient sous leurs bancs… car avouons-le, prise en tenaille entre les Actes des apôtres et l’Evangile de Jean, cette deuxième lecture entre par une oreille et ressort par l’autre. D’ailleurs, je serais mal placé pour vous jeter la pierre, car je reconnais ne pas avoir prêché une seule fois sur cette épître pendant le temps pascal.

          C’est pourquoi, ce dimanche, je voudrais me rattraper. Et j’aimerais pour cela que l’on s’arrête sur une phrase qui a retenu mon attention : « Bien-aimés, professe saint Pierre, soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous ». Pour qu’elle nous imprègne bien, je me permets de la répéter lentement : « Bien-aimés… Soyez prêts à tout moment… à présenter une défense… devant quiconque vous demande de rendre raison… de l’espérance qui est en vous ».

          Pour l’approfondir, je pense qu’il faut commencer par la fin et se poser une question : c’est quoi l’espérance qui est en moi ? Vous en conviendrez, c’est une question fondamentale. Une question à laquelle chacun doit prendre le temps de réfléchir. Car il n’y a pas de réponse toute faite. Il n’y a pas UNE espérance mais DES espérances : des espérances éternelles comme l’espérance de la Résurrection ou de la vie éternelle, mais aussi des espérances plus temporelles comme l’espérance que sa famille se porte bien ou que la guerre au Moyen Orient trouve une issue favorable. Oui, il suffit de se poser quelques instants pour se rendre compte de la diversité de nos espérances. Et c’est une bonne chose car c’est constitutif de notre être chrétien. Le chrétien, c’est celui qui espère !

Cependant, vous l’avez certainement remarqué, saint Pierre ne s’arrête pas là. Pour lui, le chrétien, ce n’est pas seulement celui qui espère mais celui qui est capable de RENDRE RAISON de l’espérance qui est en lui. Et c’est là que les choses se gâtent car il n’est pas si facile d’expliquer pourquoi nous espérons. Bien sûr que nous espérons la vie éternelle ! Mais « pourquoi ? ». « Pourquoi est-ce que nous espérons vivre éternellement auprès de Dieu ? ». Chers frères et sœurs, il faut que nous soyons capables de rendre raison d’une telle espérance au risque de ne pas être crédibles. Nous passerions pour des rêveurs, pour des idéalistes. Dans un monde comme le nôtre, à la fois épris de rationalité et tellement fragile, nous ne pouvons pas nous contenter d’un beau discours sous lequel il n’y a pas un contenu solide.

          D’ailleurs, ce qui est vrai pour une telle vérité de la foi est vrai aussi pour les espérances que nous portons pour les choses de ce monde. Lorsqu’un dimanche sur deux, nous prions pour la paix ou pour les dirigeants politiques, qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’est-ce que nous espérons vraiment ? Est-ce que nous croyons fermement que Dieu peut avoir un impact sur la guerre en Iran ou sur la politique de notre pays ?

          Il est probable qu’à se poser ces questions, on soit pris de vertige ! Assez vite, on se sent démunis, on bégaye. Car naturellement, on a tendance à nous appuyer sur nos propres forces. Et, de ce fait, à l’interpellation de saint Pierre, on préfère répondre : « non, désolé, je ne suis pas capable de rendre raison de mon espérance. J’espère, c’est tout. Mais surtout, ne me demandez pas pourquoi… ».

          C’est dans ce genre de situations que Jésus vient à nos côtés pour nous soutenir. Comment ? En nous rappelant les paroles prononcées le soir de la Cène et que nous entendions tout à l’heure dans l’évangile de Jean : « Moi, nous dit-il, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité, lui que le monde ne peut recevoir car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez car il demeure auprès de vous, et il sera en vous ».

          Telle est notre chance, chers frères et sœurs. Tel est l’unique moyen pour parvenir à rendre raison de notre espérance : la prière de Jésus et l’envoi de l’Esprit Saint. Sans eux, notre espérance est vide. Elle est creuse. Elle s’apparente à un rêve idéaliste. Mais avec eux, par le Christ et dans l’Esprit, tout s’illumine. La vie éternelle n’est pas une fuite d’un monde que l’on ne comprend pas mais la participation à la vie même de Dieu grâce à la Résurrection de Jésus. La prière pour la paix n’est pas un simple vœu pieux mais l’appel insistant adressé à l’Esprit pour qu’il remplisse le monde de sa présence sanctifiante.

          Autrement dit, chers frères et sœurs, l’espérance qui est en nous n’est pas un simple désir de l’âme mais un appel du fond de nos entrailles donné par Dieu et qui nous conduit à lui. Le Père est l’initiateur de notre espérance. Il en est aussi la fin. Et c’est pour que nous devenions capables d’en rendre raison qu’il nous a envoyé son Fils et son Esprit qui, par leurs missions au cœur de la création, nous conduisent à lui.

          Voilà l’appel qui nous est lancé ce dimanche par le premier évêque de Rome : entrez dans l’espérance de Dieu, entrez dans l’espérance qu’il porte pour vous et en vous. C’est pourquoi, chers frères et sœurs, afin de répondre vraiment à cet appel, vous ne m’en voudrez pas de vous donner cette semaine un petit exercice qui consiste à répondre à deux questions.

          La première est assez simple : en quoi est-ce que j’espère ? Qu’est-ce que je désire vraiment ? Et une fois que vous aurez réussi à identifier les motifs de votre espérance, osez en poser une seconde : comment vais-je atteindre cette espérance ? Quels moyens vais-je prendre pour obtenir ce que je désire ?

Pour répondre à cette seconde question, vous l’avez compris, ne comptez pas uniquement sur vos forces. Comptez d’abord sur Dieu ! Demandez au Christ d’intercéder pour vous avec une grande confiance. Et implorez l’Esprit de vérité. Demandez-lui de remplir vos âmes de sa puissance. Il est notre Défenseur, notre Avocat, notre Soutien. Il est le Don de Dieu qui nous conduit à la vérité tout entière. « Moi, je prierai le Père, dit Jésus, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité, lui que le monde ne peut recevoir car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez car il demeure auprès de vous, et il sera en vous » Amen.

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